Entretien avec Norbert Bolender pharmacien et Consul

C’est par une belle après-midi d’automne que Monsieur Bolender m’accueille dans son officine. Je suis impatient de l’entendre me parler de ces deux activités : celle de pharmacien biçen sûr, mais aussi celle de Consul Honoraire qu’il exerce depuis 1991 pour le compte du gouvernement grec. C’est avec un réel plaisir que j’écoute cet homme sympathique au parcours atypique me raconter son expérience de diplomate. Intéressant et fort instructif…

Monsieur Bolender, tout d’abord et afin de mieux vous connaître, pouvez-vous nous décrire votre parcours universitaire ?

Alors je suis un peu de l’ancien régime (rires…). J’ai effectué ma première année de stage à Strasbourg et ensuite j’ai effectué mes quatre années d’étude à Nancy.

Quand avez-vous pris le parti de devenir pharmacien titulaire et comment cette envie vous est-elle venue?

La vocation m’est venue très jeune. J’ai encore le souvenir de la pharmacie qui était
installée près du commerce de mes parents. J’y traînais dès mon plus jeune âge et je me souviens des flacons, des plantes et du contact avec les gens. Tous ces aspects m’ont immé-
diatement intéressé et ont forgé très tôt dans mon esprit l’envie de devenir pharmacien.

A l’époque, on ne distinguait pas le pharmacien d’officine du pharmacien biologiste. Vous-même, vous êtes pharmacien biologiste et vous avez exercé cette activité durant votre carrière professionnelle. Avez- vous certaines anecdotes à nous raconter ?

Tout à fait, à l’époque ces deux formations étaient effectivement complémentaires.
Aujourd’hui étant donné la sophistication des techniques d’analyse, je pense que l’on a eu raison de séparer les deux activités. On ne peut pas être performant à l’officine et dans un laboratoire. Al’époque, nous dosions l’albumine et l’urine à l’officine et il y avait des laboratoires adjoints où l’on pouvait faire les analyses sanguines. Quant aux tests de grossesse, ils n’existaient tout simplement pas. Alors nous avions le test de Friedmann que nous faisions sur des lapines vivantes. C’est-à-dire que l’on injectait de l’urine de femmes supposées être enceintes aux lapines et il fallait ensuite opérer les animaux afin de voir si les ovaires étaient injectés de sang ou non. Il va sans dire que la plupart du temps, les lapines y laissaient la vie. Je me rappelle que dans un laboratoire où j’ai eu l’occasion de travailler, les lapins étaient entreposés dans le jardin et un jour, le fils du pharmacien a ouvert tous les clapiers, de telle façon que l’on ne savait plus quelle lapine correspondait à quelle femme. Nous avons dû tout recommencer et c’était finalement assez
cocasse comme situation. (rires…)

Quels souvenirs gardez-vous de vos années universitaires ?

On découvrait tout du début jusqu’à la fin. Tout était assez artisanal, nous n’avions ni dictaphone ou autre, tout juste un semblant de photocopie. En revanche, je trouve que l’on festoyait plus qu’aujourd’hui lors de nos manifestations internes. Il y avait moins de stress, nous étions plus détendus et il y avait moins de monde à l’entrée. La sélection était moins drastique.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la profession et comment envisagez- vous l’avenir du métier de Pharmacien titulaire ?

Voilà une vaste question ! On a un petit peu perdu le contact avec les gens mais cela est
aussi vrai au sein de toute la société. L’avantage, c’est que l’on connaissait la vie de la famille de Ajusqu’à Z. Les gens se confiaient plus et nous avions un contact humain plus important. Aujourd’hui les gens entrent et sortent rapidement dès qu’ils ont été servis.

En plus de votre activité principale, vous exercez également la fonction de
Consul Honoraire de Grèce. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste et comment l’on devient Consul Honoraire ?

Tout d’abord il faut savoir ce qu’est un Consul Honoraire ; il s’agit d’un individu qui assure les fonctions de Consul au sein de son propre pays pour le compte d’un autre pays qui ne désire pas faire appel à un Consul de carrière. Ainsi, je travaille pour le compte du gouvernent grec à Strasbourg en tant que Consul Honoraire. Lorsqu’un poste est vacant, il faut envoyer un dossier afin de faire acte de candidature. Ce dossier doit ensuite être accepté par le Ministre des Affaires Etrangères du pays concerné. Sur proposition du Ministre des Affaires Etrangères, le Président signe l’arrêté de nomination et propose à son tour le candidat au chef de l’Etat Français. En ce qui me concerne, le Président de la République, François Mitterrand à l’époque, et le Ministre des Affaires Etrangères, il s’agissait alors de Roland Dumas, ont signé et ainsi confirmé mon acte de nomination. Il y a ensuite une cérémonie qui se déroule à Paris. C’est à cette occasion que j’ai prêté serment sur la Bible orthodoxe.

Quelles sont exactement vos missions en tant que Consul Honoraire de Grèce ?

Il s’agit d’une activité de Consulat ordinaire. Je ne suis concerné que par les citoyens Grecs qui vivent dans la Région Grand Est. Mon activité est un peu assimilable à celle d’un Préfet. Je récolte des impôts pour l’Etat Grec et je m’occupe des actes officiels. J’ai une  » clientèle  » qui se compose surtout d’étudiants. En effet, ils viennent en France pour officialiser leurs diplômes aussi bien grecs que français. Il faut par ailleurs savoir que Strasbourg est très prisé par les étudiants Grecs, notamment en Droit et en Médecine. Il y a beaucoup de médecins qui viennent parfaire leur formation dans des spécialités en France. Nous faisons les procurations, nous tentons de régler provisoirement les petits problèmes comme les vols ou les autres tracas quotidiens qui peuvent nécessiter notre intervention.

Quelles sont aujourd’hui les principales attentes de la Grèce et des citoyens Grecs qui vivent en France ?

Sur Strasbourg, il s’agit surtout de diplomates et de fonctionnaires qui travaillent au
Conseil de l’Europe et d’étudiants.

Le métier de diplomate est-il aussi passionnant que ce que l’on s’imagine ?

Absolument ! Pour moi, c’est même aller au-delà de ce que j’avais imaginé.

La fonction de Consul accorde-t-elle certains privilèges ? Acontrario comporte-t-elle certains dangers pour vous ?

En tant que Consul Honoraire, je bénéficie de l’immunité diplomatique.“…très tôt dans mon esprit, l’envie de devenir pharmacien…”

En ce qui concerne les dangers, la prise du Consulat Grec et sa mise à sac par des res-
sortissants Turcs en 1999 résume à elle seule les dangers auxquels je suis exposé en tant que représentant officiel de la Grèce. Lorsqu’on exerce une fonction officielle de représentation d’un pays étranger, on doit être prêt à affronter ce genre de crise, même si tout cela est souvent très difficile à vivre, surtout pour la famille.

Pensez-vous que votre formation de pharmacien vous a permis de trouver plus rapidement vos marques dans vos fonctions de diplomate ? Pourquoi et dans quelle mesure ?

Nous avons tout de même une certaine ouverture d’esprit, nous sommes habitués au contact avec les gens et nous sommes peut être un peu plus psychologue que la moyenne.

Parlez-vous Grec et connaissez-vous ce pays pour vous y être déjà rendu par exemple ?

Lorsque j’ai été nommé, je ne parlais pas la langue du pays. C’est pourquoi j’ai entrepris de suivre des cours de Grec à la Faculté. Je me suis effectivement déjà rendu en Grèce à plusieurs reprises. Je pense pouvoir dire que c’est un pays que je connais bien (rires…)

Connaissez-vous les modalités d’exercice du métier de pharmacien en Grèce ?

Il s’agit de petites unités qui fonctionnent avec un pharmacien et un préparateur. Athènes est un petit peu à part, car c’est une grande ville, mais le reste du pays est relativement vide.

Pour finir, votre définition du métier de diplomate….

Le diplomate est quelqu’un d’ouvert sur le monde. Il sert de courroie de transmission entre les pays qui entretiennent des relations diplomatiques.

Propos recueillis par
Jean-François Seitlinger

Cp 20 automne 2006

3 Responses to Entretien avec Norbert Bolender pharmacien et Consul

  1. PA dit :

    Pourquoi recycler cet article maintenant ??? :scratch:

  2. BRIGNACCA dit :

    un excellent pharmacien

  3. MICHEL Denise dit :

    Bonjour Norbert,
    Je suis à votre recherche et j’aimerai si possible vous revoir
    Mon téléphone 06 33 28 84 41
    Peut être à bientôt
    DENISE de METZ

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